Rencontre au cœur d’un salon : paroles d’un organisateur engagé
Du bruissement discret des pages au tumulte des rencontres d’auteurs, peu d’événements véhiculent autant de passion que les salons du livre. Mais derrière les affiches, la logistique et la foule qui s’y presse, ce sont des hommes et des femmes qui orchestrent, année après année, ce rendez-vous de la littérature vivante. Pour legrosbuzz.com, nous avons rencontré Luc Morel, organisateur chevronné du Salon du Livre de Saint-Malo, afin de décrypter avec lui l’évolution fulgurante des manifestations culturelles autour du livre.
Une mission de passeur plus complexe qu’hier
Installer des stands, boucler la programmation, attirer le grand public… Si la mission reste la même qu’il y a vingt ans, Luc Morel l’admet d’emblée : « Organiser un salon du livre en 2024, c’est plus subtil, plus exigeant que jamais. Les publics changent, les contraintes évoluent, mais le besoin de transmettre la passion du livre demeure. »
Dans les années 2000, un salon se contentait parfois d’aligner des tables de signatures et de programmer quelques conférences. Aujourd’hui, impossible de faire l’impasse sur les enjeux numériques, la diversité des lectures et la place grandissante de l’expérience autour du livre. « Il ne s’agit pas seulement de vendre des ouvrages ni de réunir des stars de l’édition. Il faut fédérer une communauté, proposer des contenus à forte valeur ajoutée et renouveler l’intérêt chaque année. »
Du papier au numérique : adapter l’événement aux nouveaux usages
Un jalon majeur de cette évolution, selon Luc : le développement du numérique. « Au début, la présence de maisons d’édition en ligne et d’auteurs autoédités était marginale. Désormais, elles constituent un tiers de nos exposants. Nous organisons des ateliers autour de l’autoédition, de la création de podcasts, des démonstrations d’applications de lecture… »
Les salons du livre ne se résument donc plus uniquement à la célébration du format papier. Il s’agit d’accompagner la mutation des pratiques sans opposer tradition et modernité : « On propose une expérience hybride : rencontres physiques, événements en streaming, replays de débats, booktubes en direct depuis le salon… Le public attend cette complémentarité. »
Des programmations plus horizontales et participatives
Un autre constat s’impose : les visiteurs, comme les exposants, souhaitent désormais s’impliquer davantage. Fini le temps où la parole n’appartenait qu’aux auteurs « vedettes ». « On met en avant les initiatives collectives, les clubs de lecture, les ateliers interactifs, les systèmes de speed-meeting pour permettre un véritable échange entre lecteurs et auteurs, » détaille Luc.
La diversité des intervenants est également renforcée, avec une attention particulière à la représentation de toutes les littératures : jeunesse, BD, littérature étrangère, nouvelles voix et minorités littéraires. « Notre public réclame de la découverte. Il faut lui permettre de s’approprier le salon, d’y trouver sa place, quels que soient ses goûts ou son histoire. »
La montée en puissance de l’inclusivité et de l’accessibilité
Impossible d’ignorer l’enjeu de l’accès pour tous. Événements jeunesse, séances en langue des signes, adaptation des locaux, lectures en braille : chaque édition étoffe son offre pour ne laisser personne sur le bord de la route du livre. « L’inclusivité n’est plus une option : c’est une nécessité et une attente forte des publics comme des institutions. »
Budget, partenaires : un défi de plus en plus complexe
Derrière la programmation, la réalité économique s’est corsée. « Le financement reste l’un des sujets les plus sensibles. Les aides publiques varient, les sponsors privés attendent des retours sur investissement précis, » explique Luc.
- Une répartition fragile : Près de la moitié du financement dépend souvent des collectivités locales, un tiers du privé, le reste des recettes générées sur place (ventes, billetterie, restauration, merchandising).
- Des collaborations à inventer : Les partenariats se diversifient : bibliothèques, lycées, acteurs numériques, entreprises locales. « Notre survie dépend de notre capacité à intégrer tous les acteurs du territoire et à démontrer que le salon génère de la richesse — culturelle, bien sûr, mais aussi économique. »
Cette complexité exige une polyvalence croissante des organisateurs : « Il faut être à la fois programmateur, gestionnaire, animateur de communauté, communicant… Ce n’est plus un métier de l’ombre, c’est tout un savoir-faire à part. »
Publics en mutation : de l’amateur de polars au clippeur TikTok
Alors que les générations se succèdent, les usages évoluent. « La tranche 18-30 ans est plus présente que jamais, » note Luc. « C’est en partie grâce au rôle des réseaux sociaux, où auteurs et lecteurs dialoguent directement, et où les bookinfluenceurs amènent une nouvelle énergie. TikTok et Instagram sont devenus nos meilleurs relais. »
Les salons doivent donc s’adapter : créer des espaces pour le partage de vidéos, inviter des booktubeurs à animer des tables rondes, proposer des mini-ateliers à destination des créateurs de contenus. « Ce sont eux qui font aujourd’hui la pluie et le beau temps dans la prescription littéraire auprès d’une partie du public jeune. »
Des retours d’expérience concrets : la voix des visiteurs et exposants
« C’est la possibilité d’assister à des débats en direct et de réagir en ligne qui m’a séduite. Je viens au salon, mais je continue de revivre certains temps forts chez moi grâce aux podcasts » – Léa, 27 ans, lectrice passionnée.
« Le contact direct avec nos lecteurs est irremplaçable. Mais je constate que les questions sur l’autoédition, la création numérique, reviennent sans cesse. Les salons du livre ont su se réinventer pour être en phase avec ces attentes » – Romain, auteur autoédité.
Autant d’expériences qui confirment que l’événement s’adapte au plus près des attentes du public, quels que soient son âge ou sa relation au livre.
Perspectives d’avenir : hybrider, ancrer, fédérer
- Hybrider les formats : Les organisateurs misent de plus en plus sur un modèle qui combine présence physique et plateformes numériques, pour prolonger l’événement toute l’année (ateliers en ligne, forums, webinaires).
- Renforcer le local : Offrir une place accrue aux éditeurs et auteurs régionaux, soutenir l’économie locale (restauration, hébergement), tisser des liens avec les écoles.
- Fédérer des communautés engagées : Investir les réseaux sociaux, encourager des groupes de lecteurs, soutenir des causes littéraires ou sociétales (écologie, égalité, inclusion…).
Luc conclut : « Notre rôle, c’est avant tout celui de tisserand. On relie les générations, les territoires, les milieux, pour que le livre reste ce formidable vecteur de lien et de découvertes. »
Conseils pratiques pour bien profiter d’un salon du livre aujourd’hui
- Préparez votre visite à l’avance : regardez la programmation, repérez auteurs et conférences incontournables.
- N’hésitez pas à tester les espaces numériques sur site : booktubes, ateliers podcasts, démonstrations de liseuses.
- Participez à des ateliers d’écriture, de lecture à voix haute ou de découverte des métiers du livre.
- Échangez avec les petits éditeurs locaux, souvent porteurs de perles méconnues.
- Prolongez l’expérience après l’événement : suivez le salon sur les réseaux sociaux, écoutez les replays, échangez vos impressions dans les forums de lecteurs.
Conclusion : le salon du livre, un modèle en perpétuelle métamorphose
Les salons du livre d’aujourd’hui ne ressemblent plus à ceux du passé. Portés par l’innovation, ouverts à de nouveaux publics, plus inclusifs et interactifs, ils doivent rester à l’écoute de la société et de ses mutations. Organisateurs, auteurs, éditeurs, lecteurs : tous contribuent à faire de ces rendez-vous bien plus qu’un simple marché du livre. Ce sont désormais de véritables laboratoires d’idées, des lieux de rencontres et d’inspiration, où la passion du livre rayonne sous toutes ses formes.
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