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Rencontre avec une autrice engagée : défendre la diversité en littérature

Par Maxime
5 minutes

Diversité littéraire : l’engagement d’une autrice au cœur du changement


En France comme ailleurs, la question de la diversité en littérature s’est imposée ces dernières années comme un enjeu central. Sur les rayons des librairies encore dominés par des récits et des voix traditionnels, de nombreuses autrices et auteurs militent pour rendre visibles toutes les facettes de notre société. Parmi ces personnes, Marie Boulay – romancière reconnue et engagée dans de multiples initiatives – œuvre depuis plus de dix ans à faire entendre les voix minoritaires. Rencontre avec une passionnée qui voit la littérature comme un pont vers une société plus inclusive.


Un parcours forgé par l’ouverture et la curiosité


Enfance bigarrée, lectures éclectiques, expériences multiculturelles : Marie Boulay s’est très tôt forgée la conviction que le monde ne pouvait se raconter sous un angle unique. « Petite, je lisais aussi bien des auteurs japonais que des polars nordiques. J’ai grandi bercée par les langues et les histoires de ma famille recomposée », confie-t-elle. Cet esprit d’ouverture, elle le porte dès ses premières nouvelles publiées dans des revues étudiantes, puis dans ses romans qui interrogent, chacun à leur façon, la place des “invisibles” dans la société.


Inspirer par l’exemple : une écriture ancrée dans le réel


Marie Boulay ne dissocie jamais littérature et engagement. « Tous mes personnages sont inspirés de rencontres, de témoignages, des réalités que je croise autour de moi », explique-t-elle. Il ne s’agit pas seulement de mettre en scène des héros ou héroïnes issus de minorités, mais de plonger le lecteur dans des univers souvent absents du paysage médiatique : quartiers populaires, ruralité oubliée, diversité culturelle, orientation de genre et sexualités variées.


Son dernier roman, Nous sommes des ponts, publié en 2023, raconte l’histoire croisée de trois jeunes femmes : l’une issue de l’immigration subsaharienne, une autre élevée par un couple LGBT+ en banlieue, la troisième orpheline en milieu rural. Chacune, à sa manière, incarne les défis et les richesses de la diversité contemporaine.


Pourquoi défendre la diversité en littérature ?


« Rendre la littérature plus diverse, c’est permettre à tout le monde de se reconnaître, de se projeter, de comprendre l’Autre », défend Marie Boulay. Pour elle, la fiction joue un rôle clé d’éducation, d’empathie, mais aussi de réparation : « Quand toute une génération se découvre dans les livres, elle gagne en confiance. À l’inverse, ne voir que des récits homogènes peut laisser penser que certaines vies n’ont pas de valeur. »


Le combat pour la diversité ne concerne pas uniquement les thèmes, mais aussi les styles, les formes et la langue. Marier argots, locutions régionales, expressions issues de l’immigration, c’est pour Marie Boulay “laisser la littérature respirer au rythme du pays réel”.


Paroles d’autrice : entre espoir et obstacles


Écrire sur la diversité, ce n’est pas sans conséquences. Marie Boulay témoigne : « On m’a parfois reproché d’en faire trop, de déconstruire les stéréotypes à l’excès, voire de provoquer. Mais je préfère la critique à l’invisibilité. Ce sont les échanges avec mes lecteurs qui me confortent : quand une adolescente maghrébine me dit avoir reconnu sa famille dans un de mes romans, ou qu’une libraire de province salue la représentation de la ruralité contemporaine. »


Au-delà de la sphère personnelle, l’autrice note que l’édition française reste parfois frileuse face à l’innovation. « Les maisons s’ouvrent, mais beaucoup craignent de “segmenter” leur public », observe-t-elle. « Le risque serait surtout, selon moi, de rester à côté du siècle. »


Agir concrètement : ateliers, collectifs et transmission


Marie Boulay ne se contente pas d’écrire : elle anime depuis 2017 des ateliers d’écriture dans des collèges, bibliothèques et centres sociaux, en priorité dans des zones dites « défavorisées ». « Ce sont des lieux où la diversité se vit au quotidien. Le plus beau, ce n’est pas d’amener les jeunes vers mes livres, mais de voir surgir des voix insoupçonnées. Certains adolescents n’avaient jamais imaginé qu’ils pouvaient eux aussi devenir auteurs, raconter leur vécu, transformer leurs blessures en texte. »


Elle a cofondé en 2020 le collectif « Pluriel Écrire », réseau d’auteurs, autrices et traducteurs engagés issus de tous horizons. Objectif : mutualiser l’expérience, organiser des rencontres intergénérationnelles et tisser du lien avec le monde de l’édition, via des lectures publiques, forums, et masterclass en ligne.


Renforcer la présence de la diversité dans l’édition : des solutions concrètes


  • Soutenir les petites maisons d’édition : Celles-ci sont souvent en première ligne pour publier des voix minorisées. Les lecteurs peuvent agir en achetant leurs livres, en relayant leurs publications.
  • Rendre les jurys littéraires plus représentatifs : Intégrer des membres issus de différentes communautés, ouvrir les critères à la diversité linguistique et sociale.
  • Valoriser les traducteurs et traductrices : Ils ouvrent la porte sur d’autres mondes et contribuent à l’import de voix originales peu accessibles en français.
  • Multiplier les ateliers d’écriture ouverts à tous : Favoriser l’expression locale dans les bibliothèques, médiathèques, maisons de quartier.

Marie Boulay milite également pour l’urgence de former éditeurs et libraires à l’accueil de toutes les littératures. « Parfois, on catalogue trop vite ce qui vient de la marge. Pourtant, une bonne histoire touche tout le monde, si elle est sincère. »


Témoignages : la littérature qui change le regard


  • Sofiane, 24 ans, ancien élève d’atelier : « J’ai grandi dans un quartier où personne ne lisait vraiment. Lors d’un atelier avec Marie, j’ai écrit sur mon quotidien et c’est devenu une nouvelle publiée dans une revue. Depuis, je n’ai plus peur de dire que j’aime écrire. »
  • Margaux, 37 ans, libraire : « Je vois chaque jour des lecteurs chercher des récits qui leur ressemblent. La diversité en littérature, ce n’est pas une “mode”, c’est vital pour la société. »
  • Tariq, enseignant : « Depuis qu’on lit des textes contemporains variés en classe, je constate davantage de participation – les élèves se sentent concernés, même ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les classiques. »

Conseils pratiques : comment soutenir la diversité littéraire ?


  • Lire hors de sa zone de confort : Découvrir des autrices et auteurs issus de milieux différents, explorer la littérature traduite ou autoéditée.
  • Fréquenter les librairies indépendantes : Elles mettent souvent en avant des catalogues plus éclectiques et des coups de cœur hors best-sellers.
  • Participer à des lectures publiques ou des clubs de lecture : Échanger avec d’autres lecteurs sur des œuvres variées favorise la découverte mutuelle.
  • Engager le dialogue sur les réseaux sociaux : Partager ses lectures et recommander des romans qui mettent en avant la pluralité des expériences.
  • Encourager l’écriture autour de soi : Proposer des ateliers, inciter les jeunes à écrire, à lire leur texte en public pour vaincre les barrières.

Conclusion : la parole en mouvement


Marie Boulay se veut optimiste : « L’évolution est lente, mais on progresse. Chaque voix nouvelle, chaque histoire inédite élargit notre vision du monde. » Encourager la diversité en littérature, c’est aussi parier sur l’avenir : former des lecteurs et lectrices à l’écoute de toutes les vies, des éditeurs prêts à risquer la nouveauté, des écoles ouvertes à toutes les formes de récit.


Alors que les débats sur la place des représentations prennent de l’ampleur, les initiatives comme celles de Marie Boulay rappellent que la littérature doit rester un espace d’accueil, d’expression et d’émancipation. Pour laisser la pluralité s’écrire, jour après jour, dans les cœurs et sur les pages.


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